SAN FRANCISCO 1985

Narcissus Magazine San Francisco 1985 1

Narcissus Magazine San Francisco 1985 11

Chris Mason Johnson commence sa carrière en tant que danseur dans des troupes de danse classique et danse moderne à travers les États-Unis et l’Europe. Il fait notamment partie du ballet de Francfort et du Projet White Oak avec Mikhail Baryshnikov. Il travaille par la suite dans le cinéma, en tant que responsable de développement dans la société de production Open City Films, chef scénariste et analyste chez Miramax, Dimension, Disney, ABC Family et First Line. Parallèlement, il enseigne la danse à l’Université UCLA, ainsi que l’écriture de scénario et la production cinématographique à l’Université d’Amherst. Après avoir réalisé plusieurs court-métrages, il co-écrit avec Ishmael Chawla, réalise et produit avec Aina Abiodun son premier long- métrage The New Twenty (2009). Le film obtient de nombreuses récompenses en festivals. San Francisco 1985 (Test) est son deuxième long métrage.

Narcissus Magazine San Francisco 1985 2

San Francisco 1985 : Frankie est un jeune danseur qui vient d’intégrer une des plus prestigieuses troupes de danse contemporaine de la ville. Il fait la connaissance de Todd, un des danseurs de la troupe. Leur rencontre ne tarde pas à dépasser le cadre de la danse. Des manifestations contre la communauté gay voient le jour. Elles sont liées à la panique créée par la maladie du VIH que l’on vient de découvrir. Ensemble, Frankie et Todd évolueront dans ces événements hostiles mais aussi parfois plein d’espoir.

Narcissus Magazine San Francisco 1985 12

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour écrire le film ?

J’étais danseur professionnel à la fin des années 1980 et au début des années 1990. J’étais à l’époque adolescent et j’ai également vécu à cette même période, les débuts du virus VIH. Tout cela m’a laissé pendant de nombreuses années des souvenirs enfouis en moi, que j’ai voulu raconter. Certaines idées viennent donc de ma propre expérience.

Narcissus Magazine San Francisco 1985 8

La thématique du VIH est un sujet très délicat dans les années 1980.

Toutes les histoires qui traitent de ce sujet sont souvent liées à la mort. Je voulais faire quelque chose de beaucoup plus intime. Dans cette histoire, ce n’est pas le fait d’être malade qui est au centre, mais plus de la peur d’être malade. Le film est concentré sur cette peur. La danse dans le film me permet d’être moins axé sur le dialogue et de pouvoir également raconter l’histoire à travers le corps des danseurs.

Narcissus Magazine San Francisco 1985 7

Pouvez-vous nous parler des scènes de danse et du travail de chorégraphie ?

En tant qu’ancien danseur, j’avais des idées très précises sur ce que je voulais faire. J’ai rencontré une chorégraphe et nous avons travaillé ensemble. Nous n’avons eu que deux semaines pour créer toutes les chorégraphies. Nous les avons alors répété sur scène à San Francisco et les avons filmé. Tous les membres du casting étaient des danseurs, cela nous a aidé pour arriver au résultat que nous souhaitions.

Narcissus Magazine San Francisco 1985 10

Vos acteurs étaient des danseurs. Est-ce que cela a été difficile de les faire jouer ?

Un seul des danseurs du film est également acteur. Ça a donc été plus facile pour lui. Quant aux autres, ce sont tous des artistes qui aiment le challenge. J’ai travaillé six mois avec Scott Marlowe pour certaines scènes du film. Je lui ai appris quelques techniques de jeu d’acteur. Ce fut un long travail avec lui. Il devait porter le film alors qu’il n’avait jamais joué auparavant.

Narcissus Magazine San Francisco 1985 5

Pourquoi avez-vous choisi un danseur pour le former à l’acting, plutôt que de prendre un acteur et le former à la danse ?

Ça ne fonctionne pas à mon sens. Il y a des acteurs qui chantent et qui dansent mais cela reste très général. Beaucoup de gens savent chanter mais ne peuvent pas chanter de l’opéra. C’est pareil pour la danse. Certains acteurs peuvent un peu le simuler avec certains effets comme dans Black Swan, mais quand on en vient à des éléments plus techniques, il y a une doublure. De la même manière dans le film Les Chaussons Rouges où ils ont utilisé une doublure. Dans certains films comme La Fièvre du Samedi Soir ou Pulp Fiction ça peut fonctionner, mais quand il y a une performance en solo de plus grande envergure, c’est impossible.

Narcissus Magazine San Francisco 1985 3

Votre film est très cinématographique, des détails des décors, aux dialogues épurés en passant également par le montage.

J’aime le cinéma qui s’appuie sur les images, par conséquent je voulais raconter l’histoire avec des moyens cinématographiques. Cette approche s’adapte très bien au sujet avec ce personnage principal qui reste muet la plupart du temps. Dans beaucoup de films précédents sur les homosexuels, les personnages sont souvent très bavards. Dans San Francisco 1985 (Test), le personnage est mal dans sa peau, dans un monde confiné. Il doit également affronter les débuts du VIH et les conséquences liées sur la communauté gay. Cinématographiquement, c’est à ce niveau qu’il y a une différence. Une vie intérieure racontée par des images. J’ai pour référence le film Bleu de Kieslowski. Je me suis beaucoup inspiré du cinéma européen et de sa manière de représenter la vie intérieure des personnages et cette capacité à faire du cinéma basé sur la parole.

Narcissus Magazine San Francisco 1985 4

Le montage a un rôle très important pour vous.

Il y a un proverbe qui dit qu’un film est écrit trois fois : une fois avec le scénario, une fois pendant le tournage et une fois lors du montage. D’autant plus avec un film indépendant où vous n’avez pas beaucoup de budget pour le tournage, que le processus de montage est vraiment une autre phase d’écriture. L’histoire est réécrite et composée à nouveau. Par rapport au scénario, le film est d’ailleurs devenu beaucoup plus léger, dans le bon sens du terme. Il en ressort beaucoup plus d’espoir, que ce à quoi je m’attendais. Il y a de l’humour à des endroits et de la mélancolie aussi, mais il y a surtout de la légèreté et de l’espoir.

Narcissus Magazine San Francisco 1985 6

Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans la production du film ?

Comme dans tous les films indépendants à très petit budget, le plus difficile fut de faire le film en quatre semaines. Il faut pour ça travailler 6 jours sur 7 et 12 heures par jour. L’autre difficulté a été au niveau du financement. Nous avions 130 000 dollars en tout et pour tout alors que le film coûtait 200 000 dollars. Nous avons donc dû vraiment penser à tout pour diminuer les coûts et tout calculer avec grande méthodologie.

San Francisco 1985 / Réalisé par Chris Mason Johnson / 89 minutes / VOSTF / avec Scott Marlowe, Matthew Risch, Katherine Wells, Rory Hohenstein, Myles Thatcher, Sergio Benvindo, James Sofranko, Evan Boomer

By Eric Lanuit