NCIS

NCIS A La Une
NCIS A La Une
Photo © Art Streiber CBS Television Studios

Quand le réveil sonne à 5 heure du matin, il faut qu’il y ait une bonne raison. Et cette fois-ci il y en a une excellente! Direction les studios CBS de la série NCIS à deux heures au Nord de Los Angeles, point de rendez-vous pour notre départ sur le tournage en extérieur du premier épisode de la nouvelle saison. La température indique déjà 25°C et l’après-midi dans le désert prometd’être définitivement caniculaire.

Dès le hall d’entrée, les affiches géantes de la promotion et les portraits de Mark Harmon nous accueille pour une visite des décors mythique de la série : grande salle principale, laboratoire, bureaux, morgue, sous-marin, salle d’interrogatoire… tout y est, comme à la télé. Je ne résiste pas au plaisir morbide de m’allonger dans un des casiers de la morgue. Impressionnant et frissons garantis! Tout est vrai et faux en même temps. Aucun produit dangereux dans les éprouvettes, les portes ne ferment pas, les ascenseurs ne montent et ne descendent pas, les fenêtres ne donnent sur rien, et les plafonds sont un enchevêtrement de ponts-lumières sur lesquels les projecteurs ont été réglés pour toute la durée du tournage de la saison. Lumière parfaite et identique d’une scène à une autre oblige. Se promener dans les lieux légendaires d’une série que l’on suit depuis des années procure un curieux sentiment, un plaisir d’enfant mêlé à une sensation d’espionnage, comme si l’on avait pas vraiment le droit d’être ici, de découvrir les secrets de l’envers du décor, de voir ce que personne d’autre ne voit devant son écran plat. Savoir que chaque recoin des studios peut être utilisé pour une scène, du hall d’entrée, aux escaliers qui donnent accès aux bureaux de production, jusqu’au parking ou au moindre couloir, révèlent une réalité qui pour autant qu’elle vous enlève du mystère et de la magie, ajoute une curiosité et une fascination pour les détails des recettes du tournage.

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Photos © Eric Lanuit

Créée par Donald Paul Bellisario et Don McGill, NCIS, Naval Criminal Investigative Service, a juste fêté ses dix ans d’existence et de succès. Depuis 2009, elle est la série la plus populaire aux Etats-Unis avec en moyenne plus de 21 million de téléspectateurs par épisode, pour la dixième saison. Les chiffres de production sont impressionnants! Pas moins de 300 personnes travaillent sur chaque épisode dont le coût budgétaire est d’environ 3,5 millions de dollars pour les 45 minutes. Une étude de 2013 conclut que NCIS est la série importée en Europe la plus rentable avec 205 millions d’euros générés.

Va pour les chiffres, il est temps de quitter le quartier général de Gibbs et ses équipiers pour les rejoindre dans le désert, là où ont été construits, dans un lieu isolé et secret, quelques uns des décors extérieurs pourles épisodes se situant quelque part au Moyen-Orient ravagé par la guerre. Après trois heures de route et passé le poste de la sécurité et le parking des caravanes-loges climatisées, nous découvrons un village plus vrai que nature, entièrement reconstitué, avec ses habitants, ses façades bombardées, son marché achalandé de tous les produits que l’on pourrait trouver dans un souk, et ses rues dévastées qui ne mènent nul part que dans le désert alentour. L’endroit est idéalement situé sur une colline afin d’éviter tout poteau électrique ou grattes-ciel à l’horizon du champs des caméras. On entend des explosions, des moteurs de tanks et de Jeeps, des cris de foule, des ordres lancés, et les coups de feu de mitraillettes. Ici c’est la guerre, à quelques mètres du buffet du catering, climatisé pour préserver la fraîcheur des salades sous les 50°C affichés par le thermomètre.

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Photos © Eric Lanuit

«Cut!» – «Lunch time!». Une trentaine de G.I.’s rejoignent la caravane-restaurant des figurants en décapsulant des canettes de Coca et en plaisantant avec Mark Harmon et David McCallum. Des mexicains jouant les autochtones en djellaba les suivent dans la queue pour le buffet incroyablement garni et varié. Il règne une atmosphère chaleureuse et amicale, un esprit de famille évident entre tous les acteurs du tournage. Une organisation à l’américaine, parfaitement réglée, et dans laquelle machinistes, techniciens, cameramen, habilleuses, accessoiristes, assistants, stars et figurants affichent sur leur visage la satisfaction d’appartenir à une équipe de grands pros et de travailler pour l’une des meilleures séries jamais produite. La Production chouchoute chacun sans distinction, et les résultats sont là pour prouver que c’est une méthode qui fonctionne. CBS a signé en Mars un nouveau contrat de 20 épisodes pour la prochaine saison 12 de la série.

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Photos © Eric Lanuit

La pose est finie, retour dans la poussière du désert et les rues brûlantes et éphémères d’un village en guerre. Chacun reprend ses accessoires, réajuste son costume, passe à la retouche maquillage. Les plus gourmands prennent un dernier esquimaux glacé avant d’entamer une longue après-midi de tournage qui finira tard dans la soirée. Nous quittons les décombres et les ruines, ils sont là finalement comme un mirage dans le désert. Nous passons devant les carcasses de voitures brûlées, d’avions accidentés, de dizaines de tanks et autres véhicules militaires avant de rejoindre le parking où nous attend la climatisation bienvenue de notre voiture. Le temps de saluer notre précieuse hôtesse et nous reprenons la route en direction de Los Angeles, la tête pleine d’images improbables et de souvenirs de tournage. Autant d’énergie, de moyens, d’hommes et de femmes, de machines et de techniques pour 45 minutes de fiction hebdomadaire qui nous transporte ailleurs, vers les intrigues d’enquêtes incroyables pour nous faire oublier les tracasseries de notre quotidien. Désormais, je ne regarderai plus jamais NCIS de la même façon.

By Eric Lanuit